Qu’est-ce que la sainteté?

Texte tiré du blogue du Père Guy Simard, omv, Dieu ma joie
Dimanche 2 décembre 2012

Chers amis, vous posez-vous parfois cette question: qu’est-ce que la sainteté? J’espère que oui car pour tout baptisé, c’est le but : « Soyez saints, car moi, Yahvé votre Dieu, je suis saint ! » (Lévitique, 19,2). Une fois baptisés, nous n’avons plus le choix : nous devons devenir des saints. Nous ne paraîtrons devant Dieu qu’une fois « saints et immaculés », purifiés de toute scorie. C’est ce que dit de façon admirable le début de la lettre de saint Paul aux Éphésiens : « Dieu nous a élus (choisis) en lui, dès avant la fondation du monde, pour être saints et immaculés en sa présence, dans l’amour. » (Eph 1,4) D’ici là, comme le dit le cantique de Zacharie que l’on prie en Église à chaque jour aux Laudes, nous devons « servir Dieu dans la justice et la sainteté, en sa présence, tout au long de nos jours » (Lc 1,75).

À la question qu’est-ce que la sainteté, nous pouvons donner plusieurs réponses. La réponse que je désire donner aujourd’hui est celle-ci : la sainteté est un feu. Il est intéressant de constater que dans l’histoire du salut, une des premières fois où Dieu s’est révélé, il s’est révélé au moyen d’un feu. Une des plus importantes révélations du Dieu vivant dans la Bible, est celle faite à Moïse. Or Dieu a révélé sa Personne et sa sainteté à Moïse au moyen d’un feu. Moïse vit un buisson ardent dont la flamme ne se consumait pas. Quelle belle image de Dieu, n’est-ce pas ? Un feu ardent qui ne se consume pas; qui ne cesse pas de brûler, qui ne cessera jamais de brûler. Et Dieu dit à Moïse de ne pas s’approcher trop vite du feu ardent, d’enlever ses sandales car le lieu que ses pieds sont en train de fouler est « saint » (Exode, 3,5). Le pape Jean-Paul II, lors de ses voyages apostoliques, nous a fait comprendre que depuis que Jésus est venu parmi nous, depuis l’incarnation de Dieu, toute terre est sainte; c’est pourquoi lors de ses descentes d’avion en tout pays qu’il visitait, le pape s’agenouillait pour baiser le sol, ce sol trois fois saint car Dieu y habite; Dieu y vit.

Une des phrases les plus fortes et les plus bouleversantes que Jésus ait prononcées, selon moi, est celle-ci : « Je suis venu apporter un feu sur la terre, et comme je voudrais qu’il soit déjà allumé. » (Lc 12,49)  La sainteté en Jésus était ce feu qui l’habitait et qui réchauffait toute personne de bonne volonté qui s’approchait de Lui; c’était aussi ce feu qui le poussait de village en village pour annoncer la Bonne Nouvelle. Saint Paul nous dit dans sa deuxième lettre aux Corinthiens: « La charité nous pousse » (2 Cor 5,14). La charité, c’est l’amour et l’amour, c’est le feu et le feu c’est l’Esprit-Saint. Le même saint Paul nous dit que « l’amour a été répandu en nos cœurs par le Saint-Esprit qui nous a été donné » (Rom 5,5)

Ce feu que Jésus avait tant hâte d’allumer, il ne pouvait être donné que par l’acte divin par excellence : la mort et la résurrection de notre Dieu en Jésus Christ. Une fois la Pâque de Jésus vécue, cet amour, cet immense amour divin pouvait alors être répandu en nos cœurs. C’est ce qui arriva le jour de la Pentecôte, au moyen de langues de feu. Toutes les personnes réunies dans le cénacle ce jour-là, furent remplies de l’Esprit Saint. Saint Luc ne nous dit pas seulement que les disciples ont reçu l’Esprit Saint, mais qu’ils en ont été remplis. Chers amis, ne demandons rien de moins que d’être remplis de l’Esprit Saint. Qu’est-ce qui arrivera si nous en sommes remplis. Il arrivera ce que la Sainte Vierge dit de Jésus dans la vidéo mise sur mon blogue lors de mon dernier message : « Partout où Il passe, il change quelque chose. » (Marie au soir du Jeudi Saint, monologue écrit par Denis Veilleux, prêtre). Cette phrase du monologue de Denis Veilleux est celle qui est restée imprégnée au fond de ma mémoire et de mon coeur, au fil des ans, après que j’aie visionné la magnifique vidéo réalisée par mon ami Jean Lortie. Qu’est ce qui arrivera si ce feu de l’Esprit nous envahit et nous habite? Il arrivera ce qui est arrivé par l’intermédiaire de notre nouvelle sainte : Katéri Tékakwitha. Le Père Cholenec, qui a si bien connu Katéri, disait d’elle :

« Cette jeune fille, toute sauvage qu’elle était, se trouvait si pleine de Dieu, et elle goûtait tant de douceurs, dans cette possession, que tout son extérieur s’en ressentait. Il ne fallait pas être longtemps avec elle pour en être ému et pour être réchauffé de ce feu divin. » (Jacques Gauthier, Sainte Kateri Tekakwitha, Paroles de Vie, 2012, p. 50)

La question qui demeure est la suivante : comment être remplie de ce feu, de cet Esprit Saint? Jésus nous a clairement indiqué le moyen dans l’évangile. Jésus ressuscité a dit à ses disciples de rester ensemble et de prier afin de recevoir la « force d’en haut ». C’est donc la prière qui nous obtiendra le feu de la Pentecôte, le feu de l’Esprit Saint. Et, autant que possible la prière en commun; la prière des chrétiens réunis. Réunis où ? Dans le cénacle. Le cénacle représente pour moi toute maison; car depuis l’Incarnation, non seulement tout sol est sacré, mais toute maison est sacrée. Mais cela est vrai surtout de la Maison de Dieu : l’église.

L’église paroissiale est le lieu par excellence du rassemblement des chrétiens. J’ai dit à mes paroissiens que j’avais reçu une belle grâce lors du récent passage parmi nous de notre supérieur général, le supérieur général des Oblats de la Vierge Marie. Le Père Sergio nous a demandé à Sylvain (mon vicaire paroissial) et à moi, si nos églises étaient ouvertes durant la semaine. Je lui ai dit que non, sauf lors des heures des messes.   Immédiatement après cette question, une deuxième est sortie du cœur du Père Sergio : « Et avez-vous de l’adoration eucharistique durant la semaine? » Je lui répondu que nous n’avions qu’une demi-heure d’adoration eucharistique par semaine, après la messe du jeudi matin. Suite à cela, j’ai décidé d’ajouter des heures d’ouverture de l’église,  accompagnées de l’adoration eucharistique. L’église Saint-Marcel est maintenant ouverte les mercredis et vendredis après-midi de 14h à 16h30. De 14h à 16h, il y a de l’adoration eucharistique. Le vendredi soir, l’église est ouverte durant une heure : de 19h à 20h, pour permettre aux personnes qui travaillent durant le jour, de venir prier à l’église devant le Saint-Sacrement exposé.

Jusqu’à maintenant, ces nouvelles mesures ne produisent pas le résultat escompté. La tentation qui nous guette, c’est de diminuer ces heures d’ouverture de l’église et ces heures d’adoration, vu que cela ne semble pas répondre à un besoin. Voilà certes une tentation. Mais je ne suis pas sûr que cette solution de facilité soit la meilleure façon de gérer le problème. Je préfère opter pour une meilleure évangélisation, une meilleure formation. Je suis convaincu que notre supérieur général a été inspiré par Dieu en me posant ses deux fameuses questions. Je crois sincèrement que la meilleure façon d’être brûlé d’amour par le feu divin, est de se tenir aux pieds de Jésus-Christ hostie, aux pieds du Saint-Sacrement exposé. Mais pour cela, il faut de la foi; il faut une grande foi. Profitons de l’année de la foi pour nous convaincre de cela. Je suis sûr que la grande majorité de mes paroissiens sont convaincus que la meilleure façon d’être brulé d’amour, c’est d’être exposé devant le Soleil de justice, Notre Seigneur Jésus Christ. Je suis sûr que la grande majorité de mes paroissiens croient que de même qu’on ne peut pas se tenir devant le soleil qui brille dans les cieux, sans être brûlé physiquement, de même, il nous est impossible de nous tenir devant Jésus Eucharistie sans être brûlés par son amour, par sa sainteté. Katéri Tékakwitha a très bien compris cela; c’est pourquoi elle passait de nombreuses heures dans l’église, devant le Saint-Sacrement. Pourquoi nous qui disons croire à cela, nous ne le faisons pas? La réponse est très simple : nous n’y croyons pas assez.

 Je vous invite à venir vous faire brûler d’amour ici dans votre église, alors que l’occasion vous est désormais offerte. Ne manquons pas cette chance. Profitons de ce nouvel Avent pour tenter de le faire et pour l’expérimenter. On s’en reparlera rendus à Noël. Faisons confiance aux bonnes inspirations. Et quand vous serez devant le Saint Sacrement, vous pourrez ne dire qu’une seule chose à Jésus : « Seigneur Jésus, brûle- moi; allume en moi le feu de ton amour ». C’est tout ce que nous avons à Lui dire, à Lui demander. C’est aussi simple que ça. Voilà, chers paroissiens et paroissiennes, ce à quoi je vous invite en ce temps de l’Avent, en plus de l’œuvre charitable que nous faisons à chaque année pour Les Maisons de l’Ancre. Rappelons-nous que la sainteté, on ne la conquiert pas à bout de bras, par nos propres forces; la sainteté, on la reçoit. Nous avons tous beaucoup de choses à faire, comme Marthe dans l’évangile. Mais n’oublions pas la réponse de notre maître et Seigneur à Marthe : « Marthe, Marthe, tu t’agites et tu t’inquiètes pour bien des choses; pourtant une seule est nécessaire. Marie a choisi la meilleure part, elle ne lui sera pas enlevée. » (Lc 10,41-42) Or que faisait Marie? Elle était assise aux pieds de Jésus, à jouir de sa présence et à écouter sa parole. Voilà l’essentiel de l’adoration eucharistique.

Voilà aussi une très belle description de l’être humain : quelqu’un qui croit qu’il a tant de choses à faire pour être heureux et pour améliorer le monde dans lequel il vit et qui oublie que l’essentiel est de se « laisser faire », de se laisser aimer par Dieu. Nous sommes faits pour l’amour et l’amour vient de Dieu. Alors, pourquoi n’allons-nous pas à Lui?